YANN BIRGY
« Le visage de leurs baisers 2 »
Ici, ce n’est pas un simple contact de lèvres que l’on contemple, mais ce qu’il engendre : un visage
commun, subtilement sculpté dans les lignes et les vides. Deux profils s’inclinent l’un vers l’autre,
et de cette tension naît une troisième présence : un être à part entière, fait de leurs contours, de leurs
souffles, de leurs pensées mêlées. Le baiser, d’acte éphémère, devient figure : il acquiert un corps
translucide, un regard, une bouche — comme s’il respirait par eux.
Sur les crânes penchés, des grues et des échafaudages s’élèvent, symboles visibles de la vie
intérieure que ce baiser anime. Ces constructions ne sont pas une intrusion mécanique, mais bien
l’extension du baiser lui-même : elles disent comment l’intimité devient création. Chaque poutre,
chaque fil relie les esprits ; chaque passerelle est une idée qui circule. Ce visage est plus qu’un
simple fantôme : c’est un chantier vivant, une carte de la pensée partagée.
Cette personnification du baiser révèle sa force : loin d’être un simple geste tendre, il est
générateur. Il est l’architecte de ce visage central : il le façonne, l’étoffe, le soutient. Les grandes
mains qui se tendent autour participent de cette oeuvre : elles protègent ce baiser-personne, elles
l’élèvent, elles l’ancrent dans la chair comme dans l’esprit.
« Le visage de leurs baisers » est une déclaration muette : il nous souffle que chaque baiser
véritable porte en lui la promesse d’une construction invisible, mais réelle ; qu’aimer, c’est créer un
être à deux têtes, un chantier d’idées, une silhouette nouvelle qui n’existe que dans l’espace partagé.